On est mardi il est 17h00, j’ai rendez-vous près de Bastille avec Killian, chez lui. La première fois que je suis tombé sur son boulot c’était en cherchant des marques de vêtements sur le net, sur un blog j’ai vu sa série de foulards sérigraphiés. En arrivant sur les lieux, je tombe sur son colocataire qui m’ouvre la porte de l’immeuble. Le décor est muséal, un escalier en marbre nous conduit vers l’ascenseur, sur les murs deux fresques se répondent, dans le plus pur style pompier. L’ascenseur est similaire à ceux qu’on trouve dans nombres d’immeubles parisiens, étroit.

Cinq minutes plus tard, la discussion amorcée concernant son parcours.
Killian : J’ai commencé à St Etienne, j’ai fait arts appliqués, ça c’était au lycée. Après j’ai fait un BTS communication visuelle à Besançon et je suis allé, à Nevers en DSAA1, ça a été en peu un tremplin parce qu’il y a un prof super qui fait un peu tout bouger, il met en place des workshops, des rencontres avec des gens et ce sont de bonnes personnes dans le milieu. Cette école m’a permis d’aller à la Rietveld Academie à Amsterdam qui est une grosse école d’art où le graphic design est le gros truc de l’école, mais t’as de la mode, de la faïence, de la céramique, des trucs où des gens écrivent sur l’art, j’ai fini sur ça en juillet 2011. Et après j’avais un boulot qui m’attendait à Paris chez Laurent Fétis, je sais pas si tu connais… on a bossé ensemble deux mois. J’ai fait un stage et un boulot d’été avec lui, ensuite je me suis dit que c’était peut-être le moment de faire mon truc et je me suis mis en free-lance. Du coup j’avais la collection de foulards que j’avais réalisés pendant un projet d’étude, au début c’était des foulards à la main, je pourrai te les montrer et j’ai appris ça en autodidacte, après j’avais des idées de visuels un peu plus compliquées que j’avais envie de réaliser, on m’a orienté vers une entreprise qui imprime ça sur soie numériquement, ce sont des gens qui travaillent avec des designers plutôt connus tu vois. Genre Gaultier, Dris Van Noten, Margiela etc… Donc eux ils font un super boulot, j’ai essayé de trouver en France d’autres lieux où ils le faisaient bien mais même si ça a son prix c’est eux  les meilleurs et les plus efficaces. C’est assez petit et c’est là que j’ai fait les foulards en vente sur Bamarang et je vais te montrer les grands qui sont nettement plus impressionnants, les petits c’est la pièce que je savais qui marcherait le mieux commercialement , les prix sont plus bas.

Florian : Ça te revient à combien de le faire ?

K : Les grands, en commandant en gros ça fait, roulottage inclus, 75€ la pièce.

F : ah oui quand même.

K : oui oui ça coûte cher, c’est vrai que c’est un peu moins cher en France mais là ils me font tout et c’est une super qualité…

F : t’as quand même une marge, tu les vends combien les gros ?

K : les gros, si je les vends en boutique j’essaye de les vendre 120€, là ça se met en place.

F : tu les vends 120€ aux boutiques, après elles refont une marge.

K : oui, ça dépend, on est encore en train d’en discuter parce que j’essaye de faire des marges mais c’est ça le problème qui fait retarder le truc, l’investissement ; c’est un produit un peu luxe.
Mais sinon je les vends 150/170€ à des particuliers, ça dépend un peu du contexte, mais ça passe parce que ce genre de foulards signés qui sont des créations particulières, vendus autre part, ça coûte quand même plus cher.

F : moi je trouve que c’est pas si cher le graphisme est bien.

K : c’est un truc personnel que tu ne vois pas partout mais après ça dépend de la cible les gens de notre âge ça leur plaît mais le problème c’est qu’ils n’ont pas toujours les moyens. Après faut trouver des boutiques, j’avais fait Colette mais Colette c’est pas passé ce coup là … je pense que c’était le mauvais moment, ils avaient trop de foulard et j’ai un peu trop tardé… mais il y a eu un boom du foulards en soie auquel je ne m’attendais pas, c’est vraiment à la mode.

F : d’un point de vue technique, les couleurs elles résistent bien au soleil ?

K : ouais cette qualité est très bonne mais le problème c’est que j’ai fait des essais en France pour faire les mêmes imprimés mais les couleurs étaient plus ternes d’un côté alors que là j’ai les mêmes couleurs des deux côtés.

F : c’est pas mal…

K : Moi l’aspect commercial c’est pas mon truc à la base, c’est une petite série…

F : je comprends, c’est cool de pouvoir en faire et de les vendre mais après t’es content de faire des nouveaux trucs, de passer à autre chose…

K : grave, j’ai une nouvelle collection que j’aimerais bien faire mais ce n’est pas prêt.

Il se lève et me montre une série de foulards peints à la main
K : j’en ai fait à la main avec de la sérigraphie

F : c’est marrant on sent l’évolution au fur et à mesure

K : j’en refais en ce moment

F : j’aime bien le coté à la main, quand on sent les reliefs

K : moi aussi oui, c’est un vraie pièce unique c’est comme un tableau pour moi, tu vois là il y a une tâche de banane (rire)

F : (rire)

K : j’en fais à la main à nouveau avec Andrea Crews, d’ailleurs ils font un défilé samedi et mes foulard seront dedans mais c’est un peu un test avec de grands foulards à la main parce qu’ils avaient déjà des créateurs de foulards digitaux donc on s’est dit un workshop à la main ce serait bien, on verra.

F : samedi c’est la première fois que tu participes à un défilé ?

K : oui.

F : en plus à la main tu peux faire le format que tu veux.

K : oui, après ça dépend de la soie et c’est plus difficile à gérer parce que la soie elle vient d’Inde et ça fuse très très vite, ça dépasse les lignes du coup je suis en train de gérer, c’est des pièces uniques et il y en a des rigolos.

F : je sais qu’en Inde il y a beaucoup de soie, et quand je suis allé à Sofia j’ai trouvé une boutique de tissus, j’en ai ramené pour me faire des sapes et il y avait de la soie qui était pas mal, deux fois moins chère qu’en France.
Et pour la sérigraphie t’as fabriqué ton cadre ?

K : j’ai fait mes cadres en bois, vu la taille on ne les trouve pas en magasin. C’est ça le problème, à la main je ne suis pas très précis même si j’aime bien faire tout ça… mais je sais que commercialement si t’as un truc qui déconne c’est mort.

F : les gens en général aime bien quand c’est carré, sans trâce, mais j’aime bien quand ça déborde. Si les gens aiment cette « finition » c’est par habitude, à cause de l’industrialisation et de la standardisation, c’est devenu une norme. Alors qu’en fait tu peux faire des pièces avec ce qu’ils appellent des imperfections mais les imperfections ça n’existe pas.

K : ouais, moi il y a des effets qui n’étaient pas prévus à la base et qui au final rendaient bien.

F : et là tu arrives à en vivre ?

K : non je n’en vis pas encore mais ça se met en place doucement, il y avait des boutiques cools genre à Berlin, Chicago, mais ça nécessite des relances et je ne suis pas encore bon pour ça… du coup je fais des petits trucs à côté, du graphisme, mais pour l’instant vu que je commence, même si je suis bien diffusé sur les blogs et que j’ai de la bonne « pub » ça ne fait pas l’argent…

F : t’as été chez le nouveau concept store à paris Ra13 ?

K : ah non faut que je le note.

F : ils étaient à Anvers, ils viennent d’ouvrir à Paris et vraiment c’est une bonne sélection…
K : il faut que je contacte l’Eclaireur, ça serait bien, et il y a un truc à Berlin qui s’appelle Superficial donc on verra, ils ont une super boutique de « résidence » pour les artistes, tu leurs fais des trucs sur place en plus de ta collection, c’est une sorte de dépôt/vente mais ça demande du temps de s’occuper de tout ca.

F : c’est clair, avec mon frère on a créé une ligne de vêtements et nous c’est la logistique qu’on a trouvé relou, donc on fait des pièces uniques pour le plaisir.

K : oui moi c’est la logistique qui me rebute aussi et c’est quoi ton site ?

F : www.vedoubleve.fr, on s’est demandé des fringues hors de la mode pouvaient exister, on pose un regard pour comprendre si un vêtement hors du système de la mode ça peut exister.

K : c’est un peu la mentalité d’Andrea Crews, même s’ils ont des belles pièces qui se portent tous les jours, ils sont parfois activistes.

F : J’ai vu que t’avais fait une expo avec Lawrence Weiner

K : oui, alors ça c’était lié à mes projets d’école, à ce moment j’avais fait un poster, genre travail de graphiste. Je fais des clips aussi qui sont en cours, en train d’être montés, encore en binôme avec un pote qui est à Amsterdam, mais j’attends qu’il revienne pour concrétiser ca…

 

 

1 DSAA : Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués